Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 15:42

Des « Indignés » d'un nouveau genre

 

C'était une première, à Guéret, Creuse. Une manifestation d'animalistes, événement incongru dans cette préfecture de la France abyssale, capitale de l'ancienne province de la Marche (qui s'en souvient ?), en sandwich entre Auvergne et Limousin, où, d'habitude, rien ne se passe que l’égrènement de jours tranquilles, entre bocage et bocage.

Ce qui a provoqué l'indignation, pour ne pas dire la colère, des associations, c'est le projet de la communauté de communes de Guéret Saint-Vaury, présidée par le maire de Guéret, de vendre un terrain à la SOVILIM qui a la ferme intention d'y implanter un abattoir 100 % halal...

 

Barnum et vidéos

Un collectif s'est mis lentement en place, coordonné par Aurore Lenoir, pour dire Non à l'abattage rituel à Guéret (NARG).

La Griffe, en bonne voisine, a adhéré à ce collectif. Plusieurs adhérents avaient fait le déplacement, depuis le Puy-de-Dôme, l'Allier, la Creuse et même la Dordogne, soit dix personnes. Autant dire que La Griffe constituait à elle seule 10 % des manifestants.

Quelle chose étrange que ce projet d'abattoir !... La Creuse est une terre agricole, une terre d'élevage. Mais surtout un territoire où la densité d'habitants est très faible. Ce projet aurait presque pu passer inaperçu, aucune communication là-dessus n'ayant été dispensée par la communauté de communes. Pis encore : celle-ci est restée muette face à toutes les questions qui ont été posées (entre autres, La Griffe, il y a plusieurs mois, avait adressé un courrier au maire de Guéret, qui n'a pas daigné répondre).

 

Polka-Che-.JPG 

 

Les manifestants qui s'étaient retrouvés au cœur de la ville, sur la place Bonyaud, étaient essentiellement des représentants d'associations du collectif : Fondation Brigitte Bardot, Convention Vie et Nature pour une écologie radicale, dont le siège est à Limoges, de même que celui du CLAMA... D'autres encore.

Pour La Griffe, tout abattoir est un abattoir de trop. Un lieu qui, idéalement, ne devrait pas exister. La réalité est autre. En France, chaque année, ce sont un milliard et cent millions d'animaux terrestres et d'oiseaux qui passent sous le couteau. En principe, ils auront été étourdis avant la grande cisaille, histoire de ne pas trop sentir le tranchant de la lame glisser au travers de leur peau, de leur muscles, forcer le passage de la trachée, de l’œsophage, histoire aussi de ne pas pas avoir conscience de la vie qui fout le camp avec les giclées de sang frais. Privés d’étourdissement, ils auront tout le temps de connaître cette ultime expérience, pendant que d'autres assisteront, terrifiés, à la scène, en attendant leur tour.

Nous ne voulons pas voir s'installer une structure qui permettrait cela. D'autant qu'elle serait d'importance et pourrait « accueillir » un grand nombre d'animaux. Voilà pourquoi nous avons fait le voyage. Sur la place, il n'y avait que peu d'autochtones. Après le marché du matin, Guéret semblait vide de ses habitants, et nous étions à peu près la seule trace d'animation... Une centaine d'extra-terrestres, « Indignés » d'un nouveau genre.

Le collectif avait bien fait les choses : barnum au centre de la place, sous lequel on avait installé deux écrans diffusant en boucle des scènes d'abattage. Un contre-jour opportun rendait les images imprécises. Mais ce que l'on en voyait suffisait pour prendre conscience de l'horreur absolue de la pratique...

Pour l'heure, le collectif n'est constitué que d'une dizaine d'associations. D'autres ont-elles reculé, de crainte d'être taxées de racisme? Pourtant, cela a été déclaré haut et fort : il n'est pas question de stigmatiser une communauté quelle qu'elle soit, seulement de condamner une pratique qui n'a désormais plus sa place, parce qu'elle s'avère cruelle et archaïque. Les politiques, une fois de plus, refusent d'intervenir, préférant acheter ce qu'ils considèrent comme une forme de paix sociale, et aussi quelques voix supplémentaires, ce qui n'est pas négligeable. Tout cela au prix du sang et de la souffrance des bêtes.

 

Le sang et le fric

Il est des coutumes que rien ne justifie et qui doivent, bon gré mal gré, être définitivement abandonnées, même si cela doit générer quelque mécontentement de la part de ceux qui s'y accrochent. Il en fut ainsi de la peine de mort. Il est est ainsi de l'excision. Si, pour l'heure, il est impossible de supprimer les abattoirs et de rendre le monde végétarien, au moins devons-nous exiger que les animaux soient abattus dans les conditions les moins mauvaises possible. Il en va de même en ce qui concerne l'élevage et le transport. Il s'agit d'un tout. Nous devons nous battre pour cela, faute de mieux.

Après un assez long exposé d'Aurore Lenoir, où il était question de la genèse du projet, des revendications du collectif, et aussi de la logique économique implacable qui le sous-tend, elle rappelait la réalité de abattage sans étourdissement, une réalité atroce que les tenants de la pratique ne veulent le plus souvent pas voir, s'obstinant dans le déni, persuadés, pour la plupart d'entre eux, en toute bonne foi, qu'il génère moins de souffrance que l'abattage classique, alors que tout, aujourd'hui, démontre le contraire.

Un décret voté en 1964 exige qu'en France les animaux soient étourdis avant d'être égorgés. Les cultes juif et musulman, pour des raisons de dogme, refusent l’étourdissement. Ils bénéficient donc, depuis lors, d'une dérogation que pas un seul gouvernement, à ce jour, n'a songé à remettre en question. Aujourd'hui, nous le demandons fermement : tous les animaux, sans exception, doivent être abattus de façon digne et indolore.

 

Polka-Che-avec-texte.JPG 

 

Christophe Marie, de la Fondation Brigitte Bardot, est intervenue lors d'une allocution pour exposer les positions de la FBB. Gérard Charollois (en clair et lunettes noires sur notre photo), de la Convention vie et nature pour une écologie radicale, a insisté sur l'éthique de son mouvement, le biocentrisme : le respect absolu du vivant. Ce militant infatigable, bien que frappé de cécité, a eu des mots très forts, dans un discours construit, cohérent, pour condamner le projet. Mais à aucun moment, il ne fut question de stigmatiser une communauté de croyants.

Ombre au tableau : un député européen du Front national, sentant l'aubaine de la récupération facile, avait lui aussi fait le déplacement, entouré d'un petit aréopage de fidèles. Cela a suffi pour que la presse se jette sur cette scorie anecdotique. Oubliées le images insoutenables, la souffrance des bêtes, oubliés les discours dignes et la détermination des manifestants !... Les journalistes présents n'ont retenu que l'épisode minable qui leur a permis, une fois encore, d'éluder les vraies questions (voir article).  

                                                                                                                                      Josée Barnérias

 

 

Par lagriffe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 20:37

De la compassion à la colère

 

 

Le 17 janvier 2012, 181 animaux de compagnie (135 chiens adultes, treize chats, et des chiots) étaient saisis dans un élevage-usine du Maine-et-Loire, à Chigné, près de Saumur. En première ligne, la Cellule anti-trafic de la SPA et celle qui la dirige depuis vingt ans, Brigitte Piquetpellorce, accompagnées par la Brigade de recherches de la gendarmerie de Saumur.

 

Il ne s’agit là de rien d’exceptionnel --même si, cette fois, les conditions de survie des animaux étaient, de l’aveu des témoins, particulièrement sordides-- car la Cellule anti-trafic est à l’origine de bien des actions de ce type. Il n’empêche : le souhait de Brigitte Piquetpellorce serait que tout aille encore bien plus vite et bien plus loin… Brigitte, qui a derrière elle un long passé de militante pour la cause animale, a bien voulu, pour La Griffe, parler de son parcours, de son travail, de sa révolte devant la souffrance animale et de sa colère devant l’inertie des pouvoirs publics.

 

Vingt ans d’enquêtes

« La Cellule anti-trafic (CAT) est née officiellement en 1993 grâce à Jacqueline Faucher, qui était alors présidente de la SPA. Mais un an plus tôt, j’avais déjà commencé à faire des enquêtes. J’avais 72 dossiers en cours. »C’est à Narbonne, où résidait alors Brigitte Piquetpellorce, que la CAT est née. En 1998, la structure s’est installée, en même temps que Brigitte, à Vichy, dans l’Allier, où elle se trouve toujours.

 

HURLER-AVEC-LES-CHIENS-RECTO.jpg    En 1995, Brigitte Piquetpellorce avait publié un livre témoignant de son expérience. Épuisé, il est aujourd'hui introuvable, parce que non réédité.

 

 

« J’avais commencé à m’intéresser aux trafics d’animaux en 1990, à la suite de ce que l’on appelé le procès d’Agen. C’était une histoire de vols de chiens pour des labos. J’ai découvert le désespoir des gens à qui l’on avait arraché leur compagnon. Le principal accusé était un scientifique de renom qui postulait pour le prix Nobel. On a travaillé sur les vols pendant quelques années, et puis les combats de chiens, avec l’introduction des pitbulls en France, ont fait leur apparition. On avait repéré cinq individus qui étaient à la tête de tout le trafic. On a déposé une plainte qui a été classée sans suite. Le phénomène, par la suite, s’est étendu aux banlieues. Nous, on avait dès le début prévenu les autorités mais rien n’a été fait. Ces chiens étaient rendus fous par les maltraitances qu’ils subissaient. Plusieurs années après, il y a eu l’assassinat programmé de tous ces chiens(cf. la loi de 1999 sur la catégorisation des races de chiens, NDLR)… Comme d’habitude, on a mis des rustines, sans s’inquiéter du fond du problème. »

C’est à partir du milieu des années 90 que la CAT s’est intéressée de près aux importations illégales d’animaux de compagnie depuis les pays d’Europe de l’Est. Il s’agissait de chiots, essentiellement (deux chatons pour 100 chiots). « Les importations étaient légales, mais il y avait des conditions bien précises à ce commerce. Des conditions qui n’étaient quasiment jamais respectées. Nous nous sommes rendus dans les républiques slovaques, on a dénoncé. On a été beaucoup aidés par la brigade des enquêtes vétérinaires et phytosanitaires qui dépend du ministère de l’Agriculture. On a pu faire tomber des tas de réseaux. » Et Brigitte d’ajouter : « On est les seul à se battre contre ça. On continue à s’occuper des vols et des importations illégales en provenance de l’Est ou de pays tiers comme la Russie ou l’Ukraine. »

 

À Chigné, l’horreur

Mais il n’y a pas que cela. Les élevages-usines, où les chiennes reproductrices sont parquées dans des hangars sales, insalubres, sans jamais voir la lumière du jour, qui sont contraintes de produire deux à trois portées par an ; qui meurent prématurément par manque de soins, de tumeurs mammaires ; qui sont tuées lorsqu’elles ne servent plus à rien... Ces lieux sordides, honteux, existent aussi en France, gérés par des « éleveurs » qui ne sont que modernes esclavagistes, étrangers à toute compassion, mués par leur seule cupidité.

« Je veux dénoncer les élevages en France »,affirme Brigitte Piquetpellorce. Depuis 2005, grâce à la CAT, 3.000 animaux ont été saisis, une majorité de chiens, mais aussi des chats.

 

LG-cat-saisie-2.jpg 

"Des tumeurs mammaires grosses comme des pamplemousses"

 

Revenons à Chigné, le 17 janvier 2012. Ce jour-là, lorsque l’équipe de la CAT, les bénévoles et les gendarmes sont entrés dans les locaux où étaient parqués les animaux, ils sont restés muets de stupéfaction : « L’élevage appartenait à un type qui avait déjà commis des horreurs, qui avait changé de lieu plusieurs fois, qu’on avait perdu de vue puis fini par retrouver. La première fois qu’on s’est rendus chez lui, il ne nous a pas laissé entrer. La seconde fois, il était moins méfiant, on a réussi à s’introduire dans les bâtiments . On a vu ce qui se passait. On a déposé une plainte et on est revenus sur le terrain avec la brigade de recherches de Saumur. Personne n’arrivait à parler, tellement c’était horrible. Les chiennes reproductrices souffraient toutes de tumeurs mammaires dont certaines étaient grosses comme des pamplemousses. Une chienne de treize ans, aveugle, venait de subir une césarienne. Il y avait un chiot qui ne pouvait pas marcher à cause d’une malformation des pattes arrières. Il faisait très froid. Les chats, c’était encore pire. Ils étaient enfermés dans une sorte de cagibi, dans l’obscurité totale, ils avaient tous les paupières collées par le pus, ils étaient recouverts de puces, de croûtes. Les chiens, il y en avait de toutes sortes, des petits, des gros… Des sharpei, des boxers, beaucoup de petites races… Ce genre d’élevage livre essentiellement les animaleries, et il ne s’agit pas d’un cas isolé, loi s’en faut. »

 

 

LG-cat-saisie-3.jpg

                                     Les cages dans lesquels vivaient les chiens, à Chigné.

 

Trop tard…

Des affaires comme celle-ci, Brigitte en a rencontré beaucoup, beaucoup trop. Elle cite le cas d’« un type, qui, dans les années 80, avait été condamné pour des actes de cruauté sur les animaux. Plus tard, on le retrouve dans l’Allier. Il avait obtenu l’autorisation d’implanter un élevage de 600 chiens ! Il existe beaucoup d’élevages avec des milliers d’animaux, qui approvisionnent les animaleries. Il ne faut surtout pas acheter dans les animaleries, mais aller dans les refuges. On y trouve des chiens merveilleux.Aujourd’hui tout le monde veut un chiot à tout prix, cette mode commence à me gonfler. Les gens n’en ont rien à foutre des animaux, ils font n’importe quoi. La plupart du temps, ils ne savent même pas les élever. »

Le 21 février 2011, la CAT avait retiré 224 chiens, dont douze chiennes avec leurs chiots, dont certains étaient à peine âgés d’une semaine, près de Dreux, à Tremblay-les-Villages. Ils vivaient dans une ancienne porcherie, sale et délabrée, sans chauffage ni lumière. Ils souffraient de dermites causées par les piqûres de puces, de gale des oreilles, ils avaient peur de l’homme. Une plainte a été déposée. En août 2011, les éleveurs, dont un avait déjà été condamné en 2005 pour mauvais traitements, ont été condamnés chacun à six mois de prison et 2.000 euros d’amende, assortis de l’interdiction de pratiquer le métier d’éleveur pendant cinq ans. Ils devaient en outre verser 50.000 euros de dommages et intérêts à la SPA.

Mais cette victoire, ce n’est que peu de choses au regard d’une réalité terrible.

« On monte environ 500 dossiers par an. On reçoit à peu près 500 dénonciations de lieux horribles. On a des dossiers en cours d’instruction. Les plaintes pour importation illégale ne sont jamais classées sans suite. En revanche, lorsqu’il s’agit d’élevages sur le sol français, les DDPP (*) minimisent systématiquement les faits. Et pourtant, 80% des élevages sont pourris. Les procureurs, débordés, classent sans suite. Les parquets ont, d’une manière générale, beaucoup de mal à retenir la maltraitance animale. Ça les embête. Pourtant, elle est flagrante. Nous, on ne s’amuse pas à faire n’importe quoi. On tient à rester crédibles. On a un réseau de gens qui nous font confiance. Mais on n’avance pas comme on le souhaiterait. On est trop peu nombreux, c’est mon gros chagrin(l’équipe de la CAT est constituée de cinq personnes, NDLR). Et puis, quand on dépose une plainte, on n’aboutit que plusieurs mois, voire plusieurs années après. Et souvent c’est trop tard . Dans le Nord, on avait déposé une plainte contre un élevage de chiens en batterie en 2008. En 2009, on attendait toujours que quelque chose se passe. Un jour, on a appris que tous les chiots étaient morts brûlés vifs… Pourtant, les gendarmes étaient prêts à intervenir. C’est la DDPP qui a fait traîner. Quand j’apprends des trucs comme ça, ça me rend folle. C’est plus facile d’aller quatre fois de suite dans un refuge surpeuplé et d’exiger des euthanasies ou encore d’aller emmerder des éleveurs qui font correctement leur boulot que de s’occuper de sauver des vies… »

 

LG-cat-sa-.jpg

                                                 "Quatre-vingt pour cent des élevages sont pourris"

 

Brigitte ne baisse pas les bras, bien que le temps et les horreurs vues et dénoncées sans relâche eussent pu avoir un effet érosif sur l’enthousiasme des débuts. La rage cependant demeure, et une immense compassion aussi, que les années n’ont pas entamée. « Les porcs en batterie, c’est une horreur. Les chiens, c’est encore pire au vu de la confiance naturelle qu’ils ont dans l’homme. Ils sont d’une intelligence et d’une sensibilité inouïes. Ce n’est peut-être pas exotique de s’occuper des chiens, mais c’est quand même l’animal le plus proche de nous. Il y a dans le regard des chiens toutes les émotions de la vie, jusqu’à la poignante interrogation devant nos cruautés humaines. »

 

 

                                                                                              Propos recueillis par Josée Barnérias

 

(*) : Directions départementales de la protection des populations, anciennement Directions départementales des services vétérinaires.

 

* ** *** ** * ** *** ** *

Le lien d'une vidéo que nous a transmis Brigitte :

    http://fbasenji.canalblog.com/archives/2012/02/26/23611069.html#trackbacks

 

Par lagriffe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 19:54

La chasse pour cible

 

La chasse fait partie de ces « loisirs » dont l’objectif laisse songeur : ne s’agit-il pas, avant tout, de blesser et/ou de tuer, sans vraie raison, des animaux qui auparavant vivaient libres ? Il y a là comme un grain de sable dans la machine. C’est pour démonter la machine et débusquer le grain de sable que La Griffe avait organisé une conférence, à Clermont-Ferrand, avec Pierre Athanaze, le président de l’Aspas (Association pour la protection des animaux sauvages). « La chasse : massacres et abus de pouvoir », en était le thème, reprenant en cela le contenu du Livre noir de la chasserécemment publié par le susdit.

 

Livre-noir-de-la-chasse.JPGUn grain de sable qui a tout de la montagne, du roc, du pic. Car, enfin, on pourra bien prétendre -- comme le font les chasseurs qui savent manier l’euphémisme -- ne faire que « prélever », ou « réguler »… Il n’en demeure pas moins que chasser, c’est tuer. Chaque année, plus de 30 millions d’animaux à poils et à plumes périssent par les armes diverses, blanches ou à feu, ou de façon plus lente et plus douloureuse encore... Cette prémisse une fois posée, on peut aller plus avant dans le sujet.

Pierre Athanaze, président historique de l’Aspas, maîtrise son propos. Mais avant de se livrer à la démolition, pièce par pièce, comme on démonte un fusil, du  « sport » cynégétique, il a tenu à préciser que chacune des assertions qui se trouvent dans Le Livre noir de la chasse est vérifiable.

 

 

 

Vènerie et autres horreurs

La France entretient avec la chasse une relation tout à fait particulière. Il s’y trouve, par rapport aux autres pays d’Europe, le plus grand nombre de chasseurs (1.200.000). On y détient le record absolu du nombre des espèces chassables(91 à ce jour) . Enfin, c’est également en France que le calendrier compte le plus grand nombre de jours de chasse, c’est-à-dire 365, sauf les années bissextiles, et cela de jour comme de nuit…

 

 

 manif-24-mars-2012-066.JPG                                         Le tir de Pierre Athanaze n'est que fictif...

 

Pierre Athanaze accuse. Les massacres, d’abord : les chasseurs prétendent qu’ils « régulent » les espèces. Faux, répond le militant. La biodiversité est gravement menacée par la pratique cynégétique. Et Athanaze de citer des exemples, comme celui du grand tétras, appelé aussi coq de bruyère, dont ne subsistent plus que quelques poignées d’individus et que l’on s’obstine à tirer, condamnant ainsi l’espèce à une mort annoncée, ou celui du loup.

Le conférencier a rappelé que, avant 1973 et la loi de protection des rapaces, ceux-ci étaient en inquiétante diminution. Ce n’est qu’avec cette mesure de protection que les effectifs ont doucement pu reprendre leur envol. Il en va de même de dizaines d’espèces, traquées, exterminées, terrorisées. Comme pour le blaireau, «la chasse la plus cruelle d’Europe ». Et le conférencier d’expliquer en quoi consiste cette abomination dont sont victimes, en France, chaque année, des milliers de ces animaux paisibles, mangeurs de vers de terre et de racines… «  On envoie dans les terriers des chiens de petite taille, fox, jack russel. Ils vont au fond du trou et harcèlent l’animal, le mordent, cela peut durer entre deux et huit heures. Au-dessus, les chasseurs creusent, jusqu’à pouvoir saisir le blaireau avec de longues pinces, par le museau. Là, ils le tuent en le poignardant ou alors ils le jettent, blessé, terrorisé, aux chiens. » On appelle cela la vènerie sous terre. En 2011, 3.500 blaireaux ont ainsi été massacrés dans le département de la Côte d’Or. Et les blaireaux ne sont pas les seuls concernés. Il y a aussi les renards, les ragondins… « En France, on compte 3.000 équipages, ce qui représente 40.000 chasseurs… » Au passage, le blaireau est protégé dans bon nombre d’autres pays d’Europe. Au niveau de la cruauté, l’enfumage n’est pas mal non plus, « une pratique scandaleuse… ». Il y en a d’autres…

Et les pièges, réservés aux espèces « nuisibles » : « Ils ne sont pas sélectifs. N’importe quel animal peut se trouver pris, y compris les animaux domestiques. Nous demandons l’interdiction des pièges tuants. » Chaque année, les pièges tuent des milliers d’animaux sauvages et des dizaines d’animaux domestiques.

 

 

Braconnage et prosélytisme

Également dans le collimateur de Pierre Athanaze, les chasses dites traditionnelles : « Il y a quelques siècles, la chasse était interdite aux gens du peuple. Ils usaient de certaines méthodes pour capturer les animaux. Mais, aujourd’hui, ces méthodes n’ont plus lieu d’être et, pourtant, elles perdurent encore. » Il faut dire qu’elles sont particulièrement cruelles : pièges à la glu, tendelles… Les braconnages sont interdits, mais tolérés. L’ortolan, espèce protégée, est un mets particulièrement apprécié des grands de ce monde qui n’hésitent pas à payer des fortunes pour en mettre dans leur assiette… Pour la petite histoire, François Mitterrand était un grand amateur d’ortolans. « La tourterelle des bois a été braconnée jusqu’à il y a seulement quelques années. En Ardèche, au col de l’Escrinet, on a coutume de braconner les pigeons au mois de mars… ».Et la liste des prédations, des exactions, de s’allonger démesurément au fil du discours…

Athanaze dénonce la chasse dans les espaces protégés, dans les parcs nationaux, dans 70 % des réserves naturelles. Les accidents de chasse, en 2009, ont fait 17 morts. Des accidents de moins en moins sanctionnés. « Dans le canton de Genève, la chasse a été interdite il y a vingt-cinq ans. Et c’est loin d’être la catastrophe que certains nous annonçaient… » En fait, on a remarqué que les espèces s’autorégulaient, que les équilibres se mettaient en place, et que l’homme n’avait que rarement à intervenir. D’après le conférencier, c’est l’exemple qui rend fous les chasseurs. Comment prétendre, après cela, que la chasse est nécessaire ? Cela est un mensonge, scandaleusement corroboré par les plus hautes instances de nos sociétés. « Depuis 1994, huit lois favorables à la chasse ont été votées par l’Assemblée nationale, dont les dernières en 2012 : le parti des Verts a été le seul à voter contre. Tous les autres ont approuvé. » Le législateur a créé une niche fiscale pour les chasseurs. Si vous louez un terrain aménagé pour la chasse, vous ne paierez pas d’impôts. Le 4 mars 2012, une convention de partenariat pour l’éducation au développement durable a été signée entre le ministre de l’Écologie et celui de l’Éducation nationale. Et Pierre Athanaze de s’insurger : «  Ceci revient à donner aux chasseurs le droit de faire du prosélytisme à l’école ! » Un droit que n’ont pas les associations de défense de la nature, ni -- a fortiori -- les associations de protection des animaux.

Mais ce n’est pas tout : le décret n° 2010-603 du 4 juin 2010 a créé une contravention pour « obstruction à un acte de chasse » ! On est passé bien près d’une loi que voulait imposer le sénateur Ladislas Poniatowski. Il faut dire que la chasse est particulièrement appréciée de nos parlementaires. Àl'Assemblée nationale, le groupe "chasse" est celui qui compte le plus de députés : 160 sur 577. Le second est le groupe "pauvreté, précarité, sans-abri". Qui n'en compte pas même la moitié !

 

La liberté de l’Aspas

Quant à l’organisation des sociétés de chasse, entièrement inféodées à la toute puissante Fédération nationale, elle mérite aussi que l’on s’y attarde. « On demande que les associations de chasse acquièrent un statut d’associations de droit privé. Que la liberté de choix soit donnée aux adhérents. On milite pour une recomposition démocratique des instances consultatives(jusqu’ici, les chasseurs y figurent majoritairement –NDLR), pour une agence nationale du patrimoine naturel et de la diversité biologique qui devra comprendre en son sein un pôle national de police de la nature. »

Un petit tour d’horizon des différents ministres de l’Environnement qui se sont succédé : le meilleur, Yves Cochet, qui n’est resté que quelques mois à la fonction. La pire : Roselyne Bachelot.

L’Aspas lutte de toutes ses forces. Sur le terrain juridique, où elle remporte souvent des victoires, qui sont vite balayées par de nouvelles décisions, mais aussi sur le terrain tout court. Elle aide les particuliers qui veulent interdire la chasse sur leurs terres. Et c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît. L’Aspas est à l’origine de tout un réseau de « refuges nature ». Avec 10.000 adhérents, elle est la deuxième association de protection des animaux sauvages après la LPO. Elle a engagé jusqu’à présent plus de 2.000 procédures « C’est une véritable guérilla entre le ministère et l’Aspas. On a créé une jurisprudence. On ne touche pas de subvention, on ne profite pas de l’argent public. Et c’est pour cela que nous sommes libres. Nous faisons ce que nous voulons. Nous sommes rarement invités dans les salons. Mais quand je me rase, le matin, je peux me regarder dans la glace. »

 

LG-Conf-Athan-public.JPG

 

Christian Bouchardy, le naturaliste Vert, qui est aussi vice-président du Conseil régional, était présent à la conférence organisée par La Griffe, pour voir Pierre, qui est l’un de ses amis, et le soutenir. « Je veux rendre hommage à l’Aspas, a-t-il déclaré, pour le combat qu’elle mène sur le plan juridique. On a tendance à sous-estimer les lois de protection de la nature. Les associations comme l’Aspas représentent la dernière chance de rester connecté avec notre univers. Il n’y a rien de mieux que l’animal. Le combat pour l’innocence est noble et merveilleux. C’est un combat altruiste. En le livrant, on favorise ce qu’il y a de plus noble dans l’homme. Si on n’a pas d’amour en soi, on ne peut pas militer bien longtemps. »L’homme politique regrette amèrement, en outre, que la chasse inculque la peur de l’homme chez les animaux : « Nous ne pouvons plus les voir évoluer librement, parce qu’ils se terrent. Les chasseurs ont réussi à faire que des animaux diurnes deviennent des animaux nocturnes. »Et Pierre Athanaze de surenchérir : « On a droit à la faune sauvage, à la voir vivre et évoluer librement ! »

 

Ce n’est qu’au bout de près de trois heures de paroles données et échangées que le représentant de l’Aspas délivrait sa conclusion, en forme de message : « Le fait qu’il s’agisse d’une espèce protégée ou pas ne doit pas être un critère pour tolérer la chasse. On n’a pas le droit de dire que ce n’est pas grave de chasser tel ou tel animal par n’importe quel moyen, du moment qu’il y a le nombre. On n’a pas à faire souffrir les animaux pour se divertir. On est aujourd’hui devant des problèmes éthiques très importants… Les associations de protection de la nature doivent désormais s’engager sur les traces des associations qui défendent les droits des animaux… »On ne saurait mieux dire…    

                                                                                                                                                Josée Barnérias

Par lagriffe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 23:39

La cause animale

 

absente de la présidentielle

 

 

Les associations crient contre le silence

des candidats et de tous les politiques

 

Nîmes, ses arènes, ses corridas... Et ses manifs. 2008, manif anti-corrida, orchestrée par l'Alliance du même nom. Septembre 2010, on remet ça. Gros succès. Les médias ignorent ou à peu près. Enfin, le 24 mars 2012, rassemblement unitaire organisé par les grandes associations françaises de défense animale : « Nos voix pour les animaux ». Voir notre diaporama en cliquant ici.

 

On l'attendait, ce 24 mars ! Comme on attend le printemps. Ce n'était pas vraiment la première manifestation du genre, même si la proximité de l'élection présidentielle, puis des élections législatives dans la foulée, lui donnait une couleur particulière. Le thème « Nos voix pour les animaux », largement répandu sur les tee-shirts imprimés par le comité organisateur, était de circonstance.

Il s'agissait de faire savoir aux dix candidats que, désormais, il va falloir compter avec nous. « Nous », c'est-à-dire tous ceux qui refusent que l'homme persiste à être une menace, un bourreau, un fossoyeur pour les autres espèces qui partagent son oxygène. Quelques grandes et puissantes organisations ont mis la machine en route. Fondation Brigitte Bardot, Société protectrice des animaux, Confédération des SPA de France, Fondation assistance aux animaux, Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir, Alliance anticorrida, et la benjamine L214 qui, grâce à la détermination de ses militants, leur courage, leur énergie, est arrivée, en quelques années, à inquiéter la filière viande. L'association Combactive avait ouvert des stands de restauration rapide et VG à proximité de la gare, d'où partait le cortège.

La Griffe avait décidé d'être du voyage. Six d'entre nous la représentaient, banderole en tête. Il faut occuper le terrain. Il y a urgence à grossir le nombre des protestataires, à serrer les rangs. Le militantisme est désormais incontournable. Trop de crimes sont commis sur les animaux ! Trop profond en est le déni, qu'il soit le fait de l'ignorance, de l'opportunisme ou de la cupidité.

Je crois sincèrement que tous les participants, près de 2.000, avaient en tête cela. Désormais, plus question de traîner, de se contenter de miettes, de faire profil bas, de se laisser bousculer, moquer, emmerder de quelque manière que ce soit. Nous avons des arguments, nous devons les faire connaître.

Un cortège dans les rues de Nîmes, au son des tambours et d'autres instruments dont certains n'étaient guère mélodieux, mais l'important n'était-il pas de faire du bruit ? De se rendre audibles aux oreilles du monde ? Trois échassiers à figure d'animaux ouvraient le cortège. Leur emboîtant le pas, Claire Stravinski, fondatrice de l'AA, hurlant à plein poumons dans son mégaphone, silhouette frêle et mobile.

 

manif 24 mars 216

 

  

Ce même jour, à Nîmes, il devait y avoir deux autres manifestations. Les itinéraires ont voulu que personne ne se croise. Àchacun son monde. C'est peut-être dommage... Peut-être pas.

Au terme de la marche, nous nous sommes rassemblés devant la Maison Carrée, vénérable édifice gallo-romain, majestueux, dont la blancheur dorée se découpait, nette, dans un ciel d'une pureté de début du monde. C'est là, sur cette place du sud, que devaient avoir lieu différentes interventions de figures singulières et importantes de la protection animale, de représentants d'organismes divers. Citons en vrac (pardon à ceux que j'aurais oubliés !) le psychiatre Jean-Paul Richier ; Frédéric Freund, le directeur de l'OABA ; le journaliste Henry-Jean Servat ; Brigitte Gothière, de L214 ; Claire Starozinski, donc ; Christophe Marie, de la Fondation Brigitte Bardot ; Stéphane Lamart, de la SNDA ; Hervé Bellardi, qui représentait la Confédération des SPA de France ; Brigitte Piquetpellorce, directrice de la Cellule anti-trafic de la SPA.

 

 manif-24-mars-194.JPG

 

 

Des paroles déterminantes ont été prononcées, des vérités effrayantes évoquées, et les positions des divers candidats quant à la condition animale passées au crible. Il en ressort qu'aucun ne présente de véritables garanties, même si certains sont absolument et définitivement à écarter (voir le site Politique & animaux).

Sommes-nous assez nombreux pour faire pencher la balance ? Pas sûr ! Du moins pas pour l'instant. Mais tout va très vite. Il y a cinq ans, aurions-nous pu imaginer quelque 2.000 personnes défilant dans la rue au nom des animaux et sort que nous leur réservons ?

Tout peut aller très vite. L'affaire est entre nos mains à tous. Rassemblons-nous ! Osons affirmer nos convictions ! Cessons d'être vaguement honteux lorsqu'on nous les reproche ! Il n'y a aucune honte à revendiquer une humanité vraie. Il y a de la grandeur à vouloir que l'homme cesse d'être une brute. Il y a des lobbies qui font peur aux pouvoirs en place. Celui de la chasse. Celui de la viande, et d'autres. Tenons-les en respect ! Imposons-nous ! Et n'oublions jamais le but de nos efforts : libérer les animaux des entraves sanglantes que nous leur avons imposées.

Un grand message a été délivré le 24 mars à Nîmes : la nécessité de nous unir, de marcher groupés. Cet appel sera-t-il entendu ? Osons le croire !...

                                                                                                                                   Josée Barnérias

Par lagriffe
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 18:22

Il était une fois deux petits lapins...

 

Myrtille adore les petits lapins. Toutes les autres bêtes aussi, bien entendu. Mais les petits lapins la bouleversent. Et elle les connaît comme personne. Pour La Griffe, elle raconte l'histoire de Chess et Floc (Chesnut et Flocon pour l'état civil)...

 

Cages de verre, néons, agitation et brouhaha des employés, défilé des clients, visages grimaçants des enfants collés à la vitre, doigts pointés, toc-tocs incessants, mains qui se tendent, manipulations, exhibitions... C’est le quotidien d'une douzaine de lapins nains mis en vente dans cette animalerie, tous plus tendres et mignons les uns que les autres, au regard inquiet mais se recherchant pour jouer, se lécher, histoire de se rassurer les uns les autres...

Àcôté, un chinchilla dans sa prison de verre, immobile, triste. Et, plus loin, une douzaine de souris blanches qui vont et qui viennent, grattant la paroi transparente, s'attardant dans les coins pour chercher un trou, une fissure par où s'enfuir, espérant peut-être un peu d'air frais et un petit trou vers la liberté... Des hamsters, cochons d'Inde, un écureuil de Corée, désemparé, et --très "tendance"--, de petits octodons (ou dègues du Chili, dits aussi dégus)...

Plus loin encore, derrière les grilles, une multitude d'oiseaux multicolores, un petit perroquet mutique, des perruches serrées les unes contre les autres, de jolis oiseaux "d'ornement". D'ornement aussi ces petits poissons colorés, qui se croisent et se bousculent dans leur environnement artificiel...

Des pancartes pour les désigner joliment : "lapin nounours", "lapin angora", "lapin panda", "lapin lion", et pour annoncer leur prix. Monnayer, commercialiser des êtres vivants selon leur poids, leur âge, leur caractère, leur force, leur beauté, leurs couleurs, leur denture.... Le marché aux esclaves existe toujours. Sauf que ceux-ci auront peut-être un peu plus de chance que ceux qui sont voués à l'abattoir.

 

Ils ont fonction d'ornement mais aussi de jouet... Les enfants sont attirés par ces peluches vivantes...

 

Au mieux, ils seront choyés, soignés, stérilisés et disposeront d'une véritable place dans la famille, tout comme le chien ou le chat. Ils pourront alors s'épanouir, dévoiler leur individualité, séduire et communiquer avec les humains, montrer leur sensibilité, leur attachement, leur intelligence. On pourrait alors se sentir presque reconnaissant envers ces animaleries qui auront permis de découvrir un autre être que le lapin gibier, cet animal-aliment, un rongeur par ailleurs habituellement étiqueté comme nuisible, sale et proliférant. La plupart de ceux qui ont partagé leur vie avec des lapins disent ne plus pouvoir en manger. La viande de lapin serait-elle en passe de devenir tabou elle aussi, tout comme celle du chien ou du chat ?

 

Mais, au fait, que deviennent tous ces jolis petits animaux lorsqu'ils n'ont pas trouvé acquéreur ? Les responsables d'animalerie interrogés se veulent rassurants, avec toutefois dans la voix une pointe d'arrogance, d’agacement, voire de mépris lorsqu'ils sont interrogés à ce sujet, et répondent qu'il n'y a JAMAIS d'invendus...

Et puis ceux qui achètent ce genre d'animal, disent-ils, en prennent soin car il possède une valeur marchande... Ce qu'ils ne disent pas c'est qu'à "l'usage", il coûte très cher : le mignon petit lapin nécessite énormément de soins et d'attention, de dépenses pour l'hygiène, la nourriture, le confort, contre les maladies...

Et du coup, les refuges commencent à accueillir un nombre inquiétant de ces NAC (nouveaux animaux de compagnie) : chinchillas, écureuils de Corée, lapins, octodons, serpents, rats...

 

Dans les animaleries, la plupart des animaux ne sont pas "chers"... Autant dire qu'ils ne valent pas grand-chose. Gare à eux s'ils tombent entre de mauvaises mains ! Quantités négligeables et négligées, jouets vivants, souffre-douleur... Comme Milie et Stella, deux lapinettes angora traumatisées par les manipulations excessives, les bruits, l'agitation. Elles ont eu la chance d'avoir été tout de même déposées en refuge puis adoptées. D'autres sont tout simplement lâchés dans la nature. Ils n'ont alors aucune chance de survivre.

Beaucoup d'animaux issus des animaleries sont déjà porteurs de maladies qui, ensuite, font la vie dure aux personnes qui les ont achetées, du moins si elles se soucient de vouloir les guérir... Cela laisse imaginer quelles ont été leurs conditions d'élevage.

 

 

Deux rescapés

Chess et Floc, deux petits rescapés parmi des millions.... Petites bouilles innocentes, curieuses et prêtes à vous aimer, à vous faire rire, à vous montrer leurs pirouettes, leurs bonds de gazelle, leurs cabrioles, comment ils peuvent vous faire la fête, comment ils savent sourire et même rire....

 

Chess.JPGFloc1-copie-1.JPG

 

                    Chess, le "lapin-lion" et le petit Floc, blanc comme neige.

 

Floc, avec sa pancarte "LAPIN PANDA" ou "LAPIN NOUNOURS" ainsi que Chess, labellisé "LAPIN LION", ont séduit des gens. On les a fourrés dans un carton à trous, sans ruban (Noël était passé), on a prodigué deux ou trois conseils et hop, pesés, embarqués.

Chess et Floc n'ont pas été maltraités, loin de là... Ils ont d'un coup, d'un seul, découvert un espace immense (entassés qu'ils étaient jusqu’alors avec dix autres lapins) : une chambre pour eux tout seuls ! Découverte de l'espace, joie de pouvoir sauter sur un tabouret, sur un fauteuil, se cacher sous un meuble, courir de long en large... Faire des pirouettes ! Enfin de l'espace digne d'un petit lapin qui a besoin de bouger, courir, sauter, se muscler...

Ces humains qui aiment vraiment beaucoup les animaux, contents de les avoir sauvés d'un avenir douteux et d'une cage en verre, étaient bien occupés par ailleurs et s'apercevaient à peine que Chess et Floc n'avaient plus d'eau fraîche dans leur bol depuis plusieurs jours et qu'ils avaient terminé leur granulés depuis plusieurs jours aussi, que leur endive avait été totalement grignotée, et que leur bac débordait de pipi et de pétoules, qu’ils respiraient l'ammoniaque, irritant leur appareil respiratoire (très fragile chez les lapins), et qu’ils commençaient à faire des crottes et des pipis un peu partout, faute d'avoir une litière changée et propre.

Peu à peu, l'enthousiasme débordant de ces adorables bestioles s'amenuisait ; ils étaient moins actifs, plus prostrés, dans l'attente, et de nouveau dans l'inquiétude...

Ils avaient faim. Leurs dents qui poussent sans arrêt ont besoin d'être usées... Leur appareil intestinal a besoin d'être stimulé (sous peine de mort rapide)... Ils ont des besoins spécifiques à leur espèce et ces gens ne l'avaient pas du tout appréhendé.

Les propriétaires se sont finalement rendu compte qu'il fallait du temps pour s'occuper d'un animal, ne serait-ce que d'un tout petit lapin. Que non seulement il convient d'entretenir une propreté et une hygiène minimum, qu'il faut donc investir dans des litières non irritantes, non toxiques, non poussiéreuses, dans du foin adapté, qu'il faut savoir doser en fonction des besoins de l'espèce, des légumes variés et frais, bio de préférence, un peu de granulés en complément éventuellement... Qu'il faut stériliser et castrer les lapins pour éviter les désagréments. Pour leur tranquillité et leur confort, pour éviter les maladies et le stress qui s'ensuivront inévitablement, il faut vacciner, prévenir les rhinites, pasteurelloses, etc. Qu'un lapin doit manger ses caecotrophes, qu'il doit avoir toujours de belles pétoules rondes, bien formées...

Bref, ces gens-là se sont soudain inquiétés de leur incurie et, avouant honnêtement ne pouvoir s'occuper de leurs lapins, ont cherché à les placer ailleurs....Et pourtant ils les aimaient bien quand même, eux, au moins.

 

Chess et Floc sont maintenant heureux, ils disposent d'un enclos dans le jardin où ils peuvent s'ébattre, creuser, brouter de l'herbe, grignoter des branchages, sauter, courir, bondir, et ils ne s'en privent pas !

Ils disposent d'une pièce pour eux tout seuls (les lapins sont territoriaux, impossible de les mélanger dorénavant avec les autres lapins de la famille : cela aussi est une contrainte...) où ils ont, à volonté, du bon foin bio spécial lapins, à volonté également, une litière changée et propre tout le temps, des carottes, céleris branches, endives, fenouils, persils, fanes, parfois épinards (très peu), herbes diverses... Pour l'alimentation, voir les aliments bons ou néfastes pour eux sur le site de Marguerite et Compagnie.

Chess et Floc ont ainsi l'occasion de stimuler leur intelligence, leur curiosité ; ils sont en demande d'échange, de présence, de complicité, et ressemblent enfin à des lapins heureux.

La seule obligation immédiate est de les faire castrer... car à la maturité sexuelle, ils peuvent devenir agressifs, se mutiler entre eux, et ils font des jets d'urine et de crottes absolument partout.

C'est pour cela que leurs maîtres ont demandé de l'aide à La Griffe qui a bien voulu accepter de participer à leur sauvetage et leur accueil, en aidant financièrement à leur castration.

Chess et Floc nous exhortent à réfléchir à la façon d'aider tous les animaux, y compris leurs petits frères et sœurs de toutes espèces en vente dans les animaleries....

Aider à faire changer l'éthique de ces dernières serait un grand pas vers la reconnaissance de l'animal en tant qu'individu et non en tant que "produit" (*)...

 

Voir le site de l'association pour la protection du lapin de compagnie, pour bien s'occuper de son lapin.

Et surtout : les associations et les refuges ont de nombreux lapins orphelins à faire adopter...

 

 

 

Animalement vôtre,

Myrtille et JMDLL (les humains qui ont accueillis Chess et Floc), adhérents de LA GRIFFE.

 

(*) On peut rêver... (note du gestionnaire du blog)

 

 

 

Par lagriffe
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

LA GRIFFE

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés