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Dimanche 10 mars 7 10 /03 /Mars 21:12

La Griffe se prend

 

un coup de lime  

 

Parce que, chaque jour, 7.000 animaux sont sacrifiés dans les laboratoires français ; parce que, chaque année, ils sont un milliard dans le monde entier et plus de 12 millions en Europe à être "utilisés" par une pseudo-science dont les rouages sont aussi occultes que douteux, des voix s'élèvent pour protester. La torture et le meurtre de tous ces animaux s'avèrent en effet inutiles, voire dangereux pour la santé humaine...

 

La Griffe, emboîtant le pas à la manifestation du 19 janvier à Gannat (Allier), contre le groupe américain Harlan, une multinationale qui possède dans le monde entier plus de trente élevages (parmi lesquels celui de Gannat) d'animaux, dont des chiens destinés aux laboratoires, avait choisi la date du 9 mars pour protester à nouveau, pendant que se tenait à Brighton (Angleterre) une manifestation contre le même Harlan Group. Par la même occasion, La Griffe voulait mettre en lumière l'initiative citoyenne européenne Stop Vivisection qui a pour but d'obliger le Parlement européen à abroger la directive du 8 septembre 2010 relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et à la remplacer par une directive interdisant purement et simplement l'utilisation des animaux dans les laboratoires. L'objectif : recueillir 1.000.000 de signatures en Europe avant la fin de l'année 2013 dont un minimum de 55.000 en France, exclusivement par le site.

 

La Griffe avait déposé en bonne et due forme une déclaration de manifestation à la mairie de Clermont-Ferrand et à la préfecture, par courrier recommandé, quinze jours plus tôt. Nous pensions installer un stand, avec diverses documentations, des panneaux bien visibles, des affiches, etc., et compléter cela par une large distribution de tracts. Outre la quinzaine de militants de La Griffe, nous devions être rejoints par d'autres personnes sensibles à cette cause.

Or, la veille même de cette opération que nous avions baptisée, sans surprise, Stop Vivisection, la mairie de Clermont-Ferrand nous informait par téléphone du refus dont notre initiative avait fait l'objet de la part des élus. Lesquels ? Nous ne le savions pas. La raison ? L'occupation programmée de la place par une manifestation pour la Journée des femmes (en fait, nous nous sommes aperçu qu'elle avait lieu seulement... le lendemain !).

Voilà qui nous contrariait tout de même un peu. Qu'importe ! Nous décidions de n'en tenir qu'à moitié compte. Nous avons renoncé à emporter le matériel lourd et encombrant pour ne plus nous contenter que de quelques panneaux légers dont nous étions nous-mêmes les supports.

 

Lorsque nos sommes arrivés sur la place, elle était vide... Nous nous sommes regroupés sous la statue de Desaix (voir photo), faisant du coin notre Q.G.

 

LG-Stop-Vivisection-010.JPG

 

 

Nous étions alors une trentaine, essaimant tout autour avec nos propres flyers, nos pétitions, les tracts Stop Vivisection envoyés par Antidote Europe et les tracts Vivisection : SALE ! (Stop aux animaux dans les labos) envoyés par le collectif International Campaigns.

 

Le public du samedi après-midi n'est dans son ensemble pas très réceptif à la souffrance des bêtes. Celui des autres jours l'est-il davantage ? On peut en douter... Mais grâce à l'opiniâtreté des bénévoles, plusieurs centaines de documents ont été diffusés, et près de deux cents signatures de pétition ont été obtenues.

 

Il reste que notre action aurait pu avoir de meilleurs résultats si, comme nous l'avions prévu au départ, et si la mairie n'avait pas fait obstruction, nous avions pu nous installer avec un ancrage au sol.

 

Une manifestation a bien eu lieu dans l'après-midi, mais pas celle que l'on nous avait annoncée : quelques centaines d'ados et post-ados se sont rassemblés d'un coup et ont pris d'assaut l'endroit où l'on avait trouvé refuge. Ils étaient là pour un Harlem shake un peu compromis par une panne de la sono... Pas de quoi convoquer ni l'armée ni le clergé. Nous nous sommes poussés de quelques mètres...

 

Du coup, la sauterie internet a fait long feu. Nous, nous sommes restés encore une heure ou deux. Finalement, c'est nous qui avons eu le dernier mot... Stop Vivisection !

 

                                                                                                             Josée Barnérias

 

 

 

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Vendredi 22 février 5 22 /02 /Fév 19:30

Snoopy

 

ou la mort d'un brave...

 

J'avais apporté mon appareil photo. C'était juste parce que je voulais que subsiste quelque chose de cette pauvre vie qui allait s'en aller... Un regard, une attitude... Finalement, je ne l'ai pas sorti de l'étui. Il y avait plus essentiel à faire. Et puis cela me semblait inconvenant. Voilà pourquoi je n'ai pas d'image de Snoopy à montrer.

 

Pourtant, Snoopy a bien existé, et il y aura au moins une personne pour se souvenir de lui : moi. Snoopy est un chien. Qui ne ressemble pas à son nom, pas du tout. Tout le contraire du petit chien blanc aux longues oreilles qui adore faire la sieste sur le toit de sa niche. Celui dont je vous parle était sombre et immense. Il était âgé, nous a-t-on dit, de quatorze ans.

Un soir, j'ai reçu un coup de téléphone qui m'a à la fois tourmentée et mise en colère. On me signalait un chien que les maîtres, de jeunes errants, avaient laissé à des potes à eux, deux types qui vivaient dans une minuscule bicoque. Le chien était complètement paralysé. Ceux qui étaient chargés de s'en occuper devaient le traîner de toutes les manières possibles pour l'emmener à l'extérieur. Pour le nettoyer (il faisait ses déjections sous lui), ils le passaient au jet, dehors, en plein hiver ! La personne qui m'appelait en était bouleversée. Elle pensait qu'il fallait mettre fin au calvaire de cette pauvre bête, et elle avait raison. Parfois, elle l'entendait gémir ou crier.

Je m'engageais donc à prendre très rapidement un rendez-vous chez le vétérinaire et à venir chercher le chien. Ses hébergeurs, deux anciens SDF, n'avaient en effet ni véhicule ni argent.

Mais dès que le rendez-vous eut été pris, dès que la « mission » fut devenue une réalité imminente, j'ai été assaillie par l'angoisse. Comment cela allait-il se passer ? Comment allions-nous « charger » l'animal dans la voiture ? Allait-il se laisser faire ? Est-ce qu'il souffrait ? Est-ce que nous allions lui faire mal ? Allions-nous devoir l'emmener de force ? Dans quel état de délabrement se trouvait-il ? Est-ce qu'il devinerait qu'on allait lui ôter le peu qui lui restait : la vie ? Des questions horribles, qui faisaient naître, au fur et à mesure qu'elles se présentaient à la porte de ma conscience, des images insoutenables pour quelqu'un qui n'a jamais pu accepter la souffrance des bêtes...

Ma nuit n'a pas été bonne. En fait, j'avais hâte d'en finir avec cette histoire qui me posait autant de problèmes que si j'avais dû faire assassiner l'un de mes propres chiens.

Snoopy-inverse.jpgUne bonne samaritaine avait opportunément proposé de m'accompagner. Conduites par notre guide, nous sommes arrivées devant la porte de la minuscule maison de bois où l'on nous attendait. Un aboiement sonore de gros chien s'est fait entendre dès que nous avons frappé. Cela n'avait rien du jappement d'un chien à l'agonie. L'animal remplissait vaillamment son rôle de gardien, de guetteur, et était sans doute décidé à l'assumer jusqu'au bout. La pièce n'était pas très vaste. Une pièce unique et sombre, au centre de laquelle se trouvait une petite table avec des jeux de cartes et deux verres, un décor à la Cézanne. Au fond, près de la fenêtre, j'ai vu le chien, couché sur le lit. Cela m'a rassurée. Il semblait bien traité. Il avait l’œil vif en dépit d'un début de cataracte, le poil brillant, il ne souffrait pas de la faim, c'était visible. Mais ses fonctions motrices étaient à peu près hors service... Àpeine réussissait-il à lever la tête... Qu'il laissait retomber aussitôt, si d'aventure le reste du corps, instable, en venait à rouler sur lui-même.  

Les nouveaux venus que nous étions l'inquiétaient, il montrait qu'il n'était pas d'accord, que nous n'avions pas présenté notre blanc-seing et qu'en l'occurrence, il ne pouvait accepter notre présence sans protester. Je ne le comprenais que trop. Je me sentais honteuse, misérable... J'étais entrée malgré moi dans la peau du bourreau, de l'exécutant des basses œuvres. Je m'en voulais, je développais là, sur-le-champ, un sentiment de culpabilité dont je savais que, quoi que je fasse, je le garderais désormais jusqu'à ma propre mort. Mais ce sont des choses qui nous arrivent parfois, que nous devons accepter et assumer.

L'un des hommes, le plus âgé, le plus abîmé aussi, est allé s'asseoir près du chien. Il s'est mis à l'embrasser sur le museau. J'ai demandé à l'autre quel était le nom du chien et depuis combien de temps il était dans cet état. Il s'appelait Snoopy. Et il était paralysé, m'a-t-il répondu, depuis au moins un mois... Au moins...

Il m'a expliqué encore que Snoopy ne lui appartenait pas, que ses maîtres le lui avaient laissé... Où étaient-ils ? En galère ? En prison ? À l'hôpital ? En vadrouille ? Je ne le lui ai pas demandé. Quelle importance ?

Il fallait se décider à mettre Snoopy dans le break. Ils ont commencé à le tirer, le traîner, qui par le collier, qui par la queue. J'ai mis fin immédiatement à cet exercice qui faisait peine à voir. Nous avons réussi à glisser sous lui une couverture que nous avons saisie aux quatre coins, comme un hamac, et nous l'avons déposé doucement dans le véhicule.

Snoopy pleurait. Ses gémissements me fendaient le cœur. Aucun des deux hommes n'a accepté de nous accompagner. Son dernier voyage, Snoopy allait devoir le passer avec deux inconnues. Se demandait-il où on l'emmenait ? Il était inquiet, c'est certain. Et nous ne pouvions pas grand-chose pour calmer son inquiétude. Comprenait-il quelle était l'issue de la balade ? J'avais le cœur serré et des sanglots dans la gorge.

Nous n'avons pas eu à attendre longtemps, une fois arrivés à la clinique. Le vétérinaire, miraculeusement disponible, est venu chercher le chien dans la voiture. J'ai été chargée de la mission de l'équiper d'une muselière, précaution utile car nous ignorions quelles pouvaient être ses réactions. Et puis le praticien a pris Snoopy dans ses bras et l'a emmené jusqu'à son cabinet.

C'était un après-midi paisible, qui ne respirait pas le drame. Un chien allait mourir. Nous l'avons allongé sur la table. Il gémissait un peu. Nous lui parlions en le caressant doucement. Je voulais avoir l'air désinvolte, pour qu'il ne sente pas ma peine. Je me disais que, tout compte fait, c'était comme si on allait l'endormir pour l'opérer et le guérir de son infirmité. Sauf qu'il ne se réveillerait jamais... Il était important de faire comme si on allait lui ôter les amygdales, lui arracher une dent... Il fallait oublier qu'il allait sombrer dans des ténèbres irrémédiables, qu'il ne verrait plus jamais ses maîtres, auxquels sans doute il était attaché... Je pensais à Argos, le chien d'Ulysse, qui avait attendu, plus fidèle encore que Pénélope, le retour de son maître pendant vingt années et qui, seul, l'avait reconnu lorsqu'il avait posé le pied sur Ithaque. Et puis qui avait rendu son dernier souffle.

Qui était Snoopy ? Qu'avait-il vécu pendant toutes ces années? Où était-il allé ? Il devait bien avoir çà et là quelque descendance... Je pensais à tout cela, et je devenais plus sereine. Il fallait être tranquille, débarrassée de l'angoisse. Les animaux sont des éponges, des buvards, des corps translucides. Ils perçoivent nos émotions jusqu'à l'excès. Ils absorbent ce qu'on leur envoie. Nos sentiments de peur, de bonheur, de haine, de générosité, ils les devinent...

J’étais triste mais apaisée. Avec le vétérinaire, nous avions une conversation assez technique sur les produits létaux, leur composition, leur effet sur l'organisme... Tout cela avait pour effet de dédramatiser la situation. Il expliquait ce qu'il faisait. Il n'aimait pas faire cela, mais il dit : « C'est une mort douce, la meilleure que l'on puisse donner à un chien dans son état... »

Lorsque le contenu de la seringue d'anesthésiant a été vide, Snoopy a laissé retomber sa tête sur mon bras. Il dormait profondément. J'ai ôté de suite sa muselière. J'aurais dû le faire avant, mais je n'ai pas osé. Je le regrette maintenant. De quoi nous méfiions-nous ? Il n'était ni dangereux ni hostile, juste un peu inquiet. Et le liquide létal est parti dans sa veine. A quel moment précis Snoopy est-il passé de vie à trépas ? Àquel moment son âme discrète de chien s'est-elle enfuie vers les grandes plaines où courent à perdre haleine les chiens fous, où se reposent sous de grands arbres les chiens sages, où jouent sans se reposer les chiens facétieux ? Je l'ignore. Le passage de vie à trépas est ténu comme une ombre. J'espère que Snoopy ne m'en a pas voulu... Je connais la réponse.

En repartant, je pensais à tous ceux pour qui ce genre d'événement est routinier : les agents des refuges, des fourrières... Certains vétérinaires aussi qui font de la mort leur fonds de commerce.

Ceux qui font honte à leur profession. Il est des vétérinaires humains, très professionnels, qui obéissent à une charte éthique rigoureuse. Et puis il en est d'autres, j'en ai connu, dont la seule règle est l'intérêt, dont la morale oscille entre la facilité, la cupidité et l’indifférence à la souffrance. Qui font souffrir les animaux et qui en tirent peut-être quelque monstrueux sentiment de puissance...

Toute activité qui donne droit de vie et de mort sur les bêtes est dangereuse. Pour l'exercer, il faut un sens moral et une compassion hors du commun... Ce n'est pas toujours le cas.

Aujourd'hui, Snoopy n'est plus. Il n'en existe plus la moindre trace : il a été livré à l’équarrissage. Mais moi, je ne l'oublierai pas...

                                                                                                                                     J. B.

 

 

 

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Dimanche 10 février 7 10 /02 /Fév 18:37

Les convulsions

 

de la viande

 

Laviande saigne de partout, ces temps-ci , se débat, convulse... La viande est mal en point.

 

        – « Inquiétude » des éleveurs de bovins exprimée lors du congrès de la Fédération nationale bovine, à Guéret, dans la Creuse...

  • Toujours à Guéret, lors de ce même congrès, expulsion, par les nervis de la FDSEA, d'Aurore Lenoir, coordinatrice du collectif NARG, qui avait eu la candeur de venir sur place, toute seule, pour distribuer quelques tracts contre le projet d'abattoir rituel soutenu par les élus locaux et, en principe, rejeté par un certain nombre d'éleveurs locaux...

  • Salon de l'agriculture, qui fêtera en 2013 son cinquantenaire, manifestation bien mal nommée puisqu'en fait d'agriculture, c'est essentiellement, là encore, d'élevage qu'il s'agit...

  • Politique agricole commune, soutenue par le gouvernement Hollande (par tous les gouvernements d'ailleurs), qui va continuer à arroser les élevages intensifs avec nos impôts, au lieu d'aider les maraîchers bio qui accepteraient sans barguigner un petit coup de pouce...

     

     

    Et au milieu de tout ça, un bouquin, No steak, rédigé par une « star » du petit écran, le journaliste et grand reporter Aymeric Caron, qui raconte avec force arguments sa vie de végétarien.

     

    Et enfin, le sauvetage récent de Diva, la vache salers et son petit veau à naître initialement condamnée à un voyage en Espagne direction l'abattoir, grâce aux efforts conjugués de La Griffe et l'Arche de Noé, une petite association de Dordogne, aidées par l'OABA...

 

 

Et, j'oubliais : rififi dans les lasagnes de Findusdans lesquelles on a décelé de la viande de cheval, alors qu'elles n'étaient censées contenir que de la viande de bœuf...  

 

 

"L'élevage" de la viande

 

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La viande... Tout un programme ! On a du mal à faire le point parmi toutes ces informations qui se croisent, empiètent les unes sur les autres et se télescopent. Jeudi, 7 février, à 10 heures sur France Inter, l'émission Service public était consacrée au sujet. Les invités, Aymeric Caron et son bouquin, et puis René Laporte, ingénieur agronome, et Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition de l'Institut Pasteur. Il s'agissait de débattre sur le thème « Faut-il en manger ou pas ? »ou bien « Peut-on en manger sans risques pour sa santé ? »ou encore « Peut-on ne pas en manger sans risques pour sa santé ? ». Tout au long de l'émission, l'animateur, Guillaume Erner, n'a cessé d'évoquer « l'élevage de la viande ». Àchaque fois, je trépignais. Mais bon sang, me disais-je, comment un journaliste peut-il être aussi stupide ? On n'élève pas la viande, on élève les animaux (on peut aussi élever des gosses...). On produit de la viande, c'est un peu différent, non ? Enfin, le lapsus était révélateur. On peut le lire de la façon suivante : à la place des animaux destinés à la boucherie, ce ne sont pas des animaux que l'on voit, mais déjà de la viande. Un peu comme, à l'entrée de Ravensbrückou d'Auschwitz, les matons nazis voyaient des cadavres carbonisés à la place des femmes, des hommes et des enfants. Je vous entends déjà hurler : comment ose-t-elle comparer des zêtres zhumains avec des zanimaux ? Parce que le regard que les bourreaux portent sur les victimes qu'ils vont assassiner est rigoureusement le même que celui que nous portons aujourd'hui sur les bêtes que nous « utilisons » pour leur prendre leur chair, leur peau, leur vie. Qu'on le veuille ou non ! C'est un regard de dénégation, un regard aveugle. Un regard sur lequel on a posé un voile opaque, afin de ne pas avoir à contempler l'autre, le semblable, le même et sa détresse... Or, les animaux sont, à bien des égards, nos semblables... Ah, que cela est dur à entendre aux oreilles de l'anthropocentriste moyen !

 

 

Sauver les races !

 

LG No steak A CaronAymeric Caron explique cela, dans son livre : il y a eu, il y a fort longtemps, des périodes pendant lesquelles la chasse était indispensable à l'homme, même si la consommation des animaux n'a pas toujours été systématique. Il y a eu des périodes de froid intense qui nécessitaient que l'on se couvrît de peaux de bêtes... Rien de tel aujourd'hui. On peut vivre sans tuer, sans massacrer ces animaux qui nous ressemblent tant. Qui comme nous souffrent, physiquement et psychologiquement, de ce qu'on leur fait endurer. La viande est un crime, c'est certain. Il n'y a pas à discuter là-dessus. Au mieux, ce que l'on peut faire c'est, tout en reconnaissant qu'il s'agit d'un crime, refuser, puisque c'est un crime légal, d'en tenir compte... C'est (encore) notre droit le plus strict. Mais que l'on arrête avec les fables qui consistent à nous faire prendre les vessies de porc pour des lanternes qui éclaireraient notre futur ! Que l'on cesse de nous seriner que sans la chair de l'autre, sans son lait, sans sa peau, point de salut ! L'un des arguments les plus débiles qui nous est servi est une sorte d'argutie amphigourique qui consiste à prétendre que, grâce aux élevages d'animaux de boucherie, on préserve des races ! Je me souviens d'une telle discussion avec l'un de mes anciens collègues, plein de bonne foi, à propos des chevaux lourds. « Mais, tentait-il, héroïque, de m'expliquer, si on ne les élevait pas pour la boucherie, il n'y en aurait plus ! » Je ne me donnerai même pas la peine de démonter cet exemple hurlant de dévoiement du raisonnement, de tautologie digne d'un imbécile diplômé. Mon collègue n'en était pas un. Quelque temps plus tard, il est revenu me voir pour me dire que son point de vue était totalement erroné, et que j'avais raison...

 

Combien d'années, de décennies, de siècles, faudra-t-il encore avoir raison tout en rasant les murs pour ne pas s'entendre dire, parfois de manière fort peu aimable, que l'on a tort ?

 

 

Manif le 3 mars

 

La viande. Ce sera, je crois, l'affaire du siècle. Je l'espère, en tout cas. On a beau tourner le problème dans tous les sens, aux yeux de qui prétend soutenir la cause animale, les droits des animaux, de plus en plus, la consommation de viande devient indéfendable. Ou alors, on est un fieffé hypocrite. Car que fait-on des cinquante ou soixante milliards d'animaux (sans compter les animaux marins) tués et consommés chaque année dans le monde, souvent dans des conditions atroces ? Si l'on continue à consommer leur chair, peut-on croire en toute bonne foi qu'il va être facile de réduire leur nombre, d'établir des tickets de rationnement pour contrôler que l'on n'en mange qu'une fois par semaine ou par mois, pas davantage ? Et à quoi servirait-il, je vous le demande, d'en consommer une fois par semaine ou par mois ? On dispose largement de quoi se sustenter et se faire plaisir en se nourrissant sans cela. Peut-on croire que leur mort un jour sera douce ? Un animal condamné, on en a déjà parlé plus haut, est regardé non comme un être vivant, mais comme un futur cadavre. Et il y a un phénomène que les psy connaissent bien chez les bourreaux : pour se déculpabiliser de l'acte que l'on s'apprête à accomplir, il suffit de s'auto-persuader que l'autre, en face, est mauvais, sale, moche, stupide, et que c'est lui qui est coupable d'être tout cela, et pas soi-même de le détruire... Les chasseurs en sont un exemple, qui font des « nuisibles »(encore une légende toxique !) des individus à abattre, voire à torturer si l'on en a l'opportunité, de toutes les façons possibles, ou encore certains tueurs dans les abattoirs qui se rendent coupables de violences inouïes sur les animaux qu'on leur amène (il faut lire le bouquin de Jean-Luc Daub, Ces bêtes qu'on abat, pour en prendre vraiment conscience)... On pourrait multiplier à l'infini ces exemples de déni de l'autre dont les animaux sont les victimes muettes et impuissantes. Allons-nous encore longtemps tolérer cela ? Je n'évoquerai même pas les conséquences catastrophiques de la production de viande sur l'environnement, il y aurait beaucoup à dire, mais ce sera pour une autre fois...

Pendant les cinquante dernières années, souligne Aymeric Caron, la consommation mondiale de viande a quadruplé, la consommation de lait a été multipliée par dix... Sait-on ce que cela implique ? L'auteur n'est ni polémique, ni militant, il se contente de se dire que, quoi qu'il en soit, on ne va pas pouvoir continuer comme cela bien longtemps. Que l'abolition de la viande viendra, quoi que l'on fasse. Moi, ce qui me gêne un peu là-dedans , c'est que c'est un bon prétexte pour ne rien faire. Cela ne correspond pas à ma nature impatiente, ni à ma détestation de l'injustice.

 

Moi, je voudrais que ce soit tout de suite que l'on ferme les abattoirs !

 

À ce propos, une grande manif est organisée à Paris le 3 mars contre les élevages industriels...

AfficheS superposées recadrée 

 

 

Viande de chien, d'autruche...

 

Et pas la peine de me dire qu'il n'y a que quelques espèces qui, finalement, sont concernées ! Elles le sont toutes ou à peu près. Les interdits sur le meurtre de certains animaux ne sont pas universels, loin s'en faut. En 1940, on trouvait encore des boucheries canines en Allemagne. En France, elles ont existé jusqu'au milieu du XIXesiècle. La Chine et l'Extrême Orient sont connus pour leur goût de la chair des chats et des chiens, bien meilleure lorsqu'ils ont été longuement battus avant une mort que l'on peut, vu d'ici, considérer comme une délivrance.

C'est très tendance : au restau, blasés que l'on est devant la sempiternelle entrecôte ou le petit salé aux lentilles, on n'hésite pas à oser la viande d'autruche, de requin, le saucisson d'âne, pensant montrer ainsi sa belle ouverture d'esprit, son âme d'aventurier... Tout ce que l'on montre, en fait, c'est sa docilité de consommateur idiot...

Il faut lire le bouquin d'Aymeric Caron, non que je sois prête à en faire ma bible, mon livre de chevet, mon bréviaire, mais parce qu'il résume bien toute la problématique de la viande, parce qu'il est complètement crédible lorsqu'il fait l'inventaire des bienfaits des régimes végétariens ; parce qu'il tord le cou aux légendes véhiculées par des nutritionnistes bien mal informés ; parce qu'il sait amener non seulement les chiffres qui tuent, mais aussi les anecdotes qui réveillent, les digressions qui réjouissent. Il se défend par ailleurs de faire du prosélytisme, j’avoue que cette prévention me gêne un peu. Je n'aimerais pas penser qu'il n'a comme seule préoccupation que de surfer sur la vague des best-sellers tout en amortissant ses succulents repas dans les restos VG gastronomiques du monde entier dont certains, c'est à n'en pas douter, sont aussi goûteux et coûteux que nos traditionnels étoilés.

En tout cas, je le conseille (le bouquin) à ceux qui hésitent, tout en sachant qu'ils ne sont pas très « casher »avec leurs convictions, à sauter le pas, ceux qui ont du mal à rompre définitivement avec leur steak frites... No steak pourrait, je pense, les aider efficacement.

 

La viande, ce sont les animaux qui nous la servent à leur corps défendant. Il serait grand temps d'ouvrir les yeux, de se dégraisser les neurones pour enfin y renoncer définitivement. Et tant pis pour nos habitudes, nos croyances, nos mythes, nos mensonges, tout ce que d'aucuns nomment « culture » et qui n'a de culture que le « c » de connerie. Il y a fort à penser que l'on y gagnerait en intelligence et en humanité.

 

                                                                                                                                    Josée Barnérias 

 

 

 

                                 Heureusement, il y a Findus ! 

 

chevaux-abattoir3.jpg 

C'est tombé comme un cheveu sur la soupe : l'enseigne Findus aurait distribué des lasagnes certifiées à la viande de bœuf, alors qu'il a été établi qu'elles contenaient aussi... de la viande de cheval. On cherche activement le ou les coupables. Serait-ce la société Spanghero qui a fourni la viande (il faudra un jour établir la relation qui existe entre la viande et le rugby - Charal... Chabal, hum... - qui doit passer par le muscle gorgé de sang jeune et frais, par la virilité carnassière, etc.) ou bien serait-ce les abattoirs roumains d'où provenait cette viande ? On peut au passage douter de l'éthique des Spanghero et autres Findus lorsqu'on sait comment sont traités les chevaux en Roumanie. Mais pourquoi un tel émoi ? En France aussi, on achève bien les chevaux ! Les horribles abattoirs de Vaugirard, c'est du passé, mais l'on tue chaque année tout de même, dans le pays des Droits de l'homme, entre 17.000 et 18.000 équidés... C'est parce que l'on craint que, dans la viande incriminée, se soient glissées quelques bactéries de trichinellose, ce qui peut arriver dans la chair de cheval et qui n'est pas excellent pour la santé des hippophages. Il ne faut peut-être pas dramatiser : jamais les chevaux ne nous feront autant de mal que nous leur en avons fait et leur en ferons encore !  

 

 

                                                                                                                                                         

 

Par lagriffe
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Dimanche 20 janvier 7 20 /01 /Jan 20:02
Longue marche
 
par temps de chien
 
Aujourd'hui dimanche, encore du gris dehors. Et, comme si ça ne suffisait pas, la neige arrive ! Bon sang, je me dis, ça aurait pu être hier. On l'a échappé belle ! Hier, c'était le 19 janvier. Jour attendu par les animalistes du coin puisque, pour une fois, l'Auvergne allait être à la pointe du combat avec un millier de personnes pressenties pour aller protester contre l'expérimentation animale devant l'élevage de beagles du groupe américain Harlan, à Gannat (Allier).
 
 
Le millier était bien au rendez-vous. Et parmi ce millier, une quinzaine d'adhérents de La Griffe, seule association de la région à être « officiellement »représentée, ou plutôt visiblement : nous nous étions munis de deux banderoles, les deux seules que, pour l'heure, nous possédions.
Il fallait quand même être vaillant pour se rendre, au beau milieu de l'hiver arverne, à Gannat, trou du cul du monde et pourtant, ce jour-là, à la convergence de tous les regards.
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                                                                      La Griffe avec banderoles.
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La manifestation était prévue pour midi... Àpeu près. On était quelques centaines à être ponctuels à la gare, lieu du rassemblement. L'arrivée était sinistre. Des hommes en bleu (des gendarmes, vous l'aurez compris) partout, à chaque coin de rue, à chaque carrefour. Deux cents, il paraît. Un pour cinq manifestants. On n'en demandait pas tant !... En passant devant l'élevage, à l'entrée de la ville, on les voyait s'affairer à dresser de lourdes barrières... Dans le centre, tous les estancos avaient descendu le rideau de fer, juste conséquence d'une désinformation savamment orchestrée : on attendait des hordes sauvages qui risquaient de tout casser ! Faut pas être bien normal pour descendre dans la rue à cause des bêtes... Pas moyen de se sustenter, ni même non plus de faire pipi. La gare n'avait pu fermer sa salle des pas perdus mais avait mis ses toilettes hors service. On ne sait jamais ! Restait une moyenne surface, ouverte --c'était audacieux !-- jusqu'à 13 h 30. Il y avait une file d'attente devant les toilettes...
 
 
Plus fort qu'al Qaïda
 
Il ne se contentait pas de faire gris et moche. Un vrai temps de chien ! Aussi il faisait froid et il bruinait... On tournait un peu en rond devant la gare, en attendant les cars qui n'arrivaient toujours pas. Ceux qui venaient du nord de la France étant empêchés par de sévères intempéries qui nous avaient épargnés. Seule distraction dans ces lieux oubliés : la contemplation des bannières et autres banderoles de nos collègues italiens, organisés comme une soirée de Téléthon. Qui a dit que les Ritals étaient brouillons ? Lourde erreur ! Nous, à côté, on avait presque honte ! Ils semblaient plus nombreux que nous les franchouillards, encore très minoritaires et très bordéliques dans nos tentatives de lutte.
 
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                                                                   Les Italiens devant la gare.
    
Mais bon, la manifestation avait une vocation européenne. Les Italiens étaient très présents. Ils sont passés maîtres dans l'art de faire plier les méchants. En juillet 2012, ils ont réussi à faire fermer l'élevage de beagles de Green Hill, à Montichiari.
 
En fait, GH n'a jamais été fermé. L'élevage a été mis sous séquestre et les chiens ont été confiés via des associations. Mais, depuis, grâce probablement au pouvoir de Marshall (société américaine, propriétaire de ce camp), le camp a été réouvert, mais sans activités (pour le moment !). Marshall a fait appel auprès de la cour de Cassation pour tenter de récupérer les 2700 chiens. Il est évident qu'il ne s'agit là que d'un comportement sadique : ces beagles ne pourront plus être "utilisés" car ils ne sont plus "stériles". C'est juste pour se venger de ceux à cause desquels Marshall a perdu beaucoup d'argent ! Il y a des manifestations annoncées, et bien entendu personne ne rendra les chiens, quelle que soit la décision de justice ! Ces précisions  et commentaires nous ont été communiqués par Michèle Scharapan : cette pianiste classique, lauréate de trois premiers prix du Conservatoire de Paris, qui se produit dans le monde entier en qualité de soliste ou au sein d'orchestres de chambre, est en parallèle une militante particulièrement engagée dans la défense de la cause animale (notamment contre la vivisection), au point de consacrer toute une partie de son site d'artiste à cette préoccupation, à ses yeux essentielle pour toute personne revendiquant sa qualité d'humain évolué.
 
Mais les Belges, les Allemands, les Espagnols, et d'autres étaient aussi représentés. Les cars arrivaient au compte-gouttes, déversaient leur cargaison de militants puis repartaient se garer ailleurs. Les derniers sont arrivés vers 14 heures. Après, ne restait plus qu'à mettre en place le cortège et démarrer.  
Quelle idée, d'organiser une manif un 19 janvier, me disais-je ! Ceux qui étaient, comme moi, arrivés tôt pour ne pas en perdre une miette commençaient à piaffer dans les starting-blocks.
 
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                                                                       Le cortège en route.
 
Enfin, le convoi s'est ébranlé. Huit cent cinquante manifestants pour la préfecture, entre mille et quinze cents pour les organisateurs. Rien que de très normal. Mais où que se situât l'exacte vérité, c'était sans doute beaucoup plus que n'en voient défiler les rues de Gannat, sauf pendant le festival de folklore, appelé aussi festival des cultures du monde, ce qui fait nettement plus chicos.
Nous, on n'était pas là pour danser la bourrée, mais pour empêcher les esclavagistes d'élever en rond et rond petit patapon les « produits » de leur savoir-faire (à lire absolument : l'interview du directeur du centre d'élevage gannatois dans La Montagne du 18 janvier), à ce jour entre 1.000 et 1.500 sujets d’expérimentation par an. Beau score ! Mais parlons-en, du directeur ! Un reportage de France 3, diffusé lors du JT région le 19 janvier (pour les pressés, le sujet qui nous intéresse est inséré entre 7'56 et 9'52 au chrono défilant sous la vidéo du JT), le montrait de dos, assis, courbé dangereusement vers ses chaussures. Il expliquait qu'il préférait garder l'anonymat afin de ne pas servir de cible aux activistes qui ne manqueraient pas de le traquer, comme ils l'avaient déjà fait avec certains de ses collègues. Donc la victime, c'était lui ! Ah, quelle surprise !
Ceci corrobore cela : nous sommes, en effet, de dangereux terroristes internationaux.
 
LG Manif Gannat 063
                                                               Un groupe de dangereux terroristes.
 
« Assassino ! »
 
Au terme d'une longue, très longue marche dans la ville désertée de ses habitants (quelques-uns cependant ont eu l'audace d’apparaître à leur fenêtre pour nous voir passer, et même parfois nous encourager), sous la pluie, dans le froid, nous atteignions enfin notre but : l'usine à chiens d'où sortent ces petits beagles qu'Harlan destine aux labos pratiquant l'expérimentation animale. Afin que nous ne fûmes pas tentés d'approcher de trop près les grilles du parc, des barrières avaient été dressées à bonne distance et étaient gardées par les forces de l'ordre, prêtes à intervenir au cas où...
LG-Manif-Gannat-076.JPG                                                                               Devant le site.
 
De l'autre côté du portail, à l'intérieur du site, deux types goguenards tapaient la causette avec les militaires. De quoi agacer quelques éléments de chez nous, qui se mettaient spontanément à scander « Assassino ! », ou « Assassins ! », c'était selon, slogan vite repris en chœur par beaucoup d'entre nous qui, au fond, n'attendaient que cela. Mais, en principe, il s’agissait d'une manif silencieuse, ce que les organisateurs se faisaient fort de rappeler...
Ceux qui avaient apporté des fleurs (hommage symbolique aux victimes innocentes de la « science ») les jetaient, comme c'était prévu, aux pieds des pandores, et puis, en bons manifestants bien élevés, on s'est repliés là où on nous disait d'aller se faire voir : au rond-point d'à côté. C'est là que devaient avoir lieu les prises de paroles des différentes organisations représentées, étrangères et françaises, parmi ces dernières Pro Anima, la Fondation Brigitte Bardot... L'union européenne n'est pas un vain mot.
La nuit arrivait. Il fallait refaire le chemin dans l'autre sens. On s'en est allés, un pincement au cœur en pensant à ce qui attendait les pauvres bêtes qui, elles, restaient là. On se disait qu'on descendrait bien un peu plus souvent dans la rue, histoire de hâter le processus de la libération. Ici ou là, pour les chiens, les vaches, les éléphants ou les chats. Pour les lapins, les renards, les baleines et les ours. Pour les coyotes, les oiseaux, les hippocampes et les blaireaux. Pour les sangliers, les belettes, les chevaux et les requins... Le temps presse. Le nombre de nos victimes augmente de jour en jour.
 
Avanti o popolo, alla riscossa ! (en avant ô peuple, à la révolte...)
 
 
                                                                                                                        Josée Barnérias
 


Par lagriffe
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Mardi 15 janvier 2 15 /01 /Jan 21:16
  
L'industrie de la fourrure
 
a-t-elle la peau dure ?
 
La Griffe était, le samedi 12 janvier, place de Jaude, à Clermont-Ferrand, avec un stand, des tracts, des pétitions, pour marquer la Journée sans fourrure, avec le soutien de Fourrure Torture. On a eu davantage de chance qu'un mois plus tôt, lors de notre action anti-gavage qui avait été vite négociée par la pluie battante et surtout par le vent déchaîné qui nous ont forcés à lever l'ancre, et vite.
On nous raconte des choses atroces sur la fourrure et la façon dont elle est obtenue. Des choses que moi-même j'ai répétées --sans avoir jamais pu les constater de visu-- samedi dernier, place de Jaude, à Clermont-Ferrand, en m'égosillant dans le mégaphone, pas encore assez méga, à ce qu'il semble, pour le genre de message que nous avions à faire passer.
 
La Griffe s'était alignée sur la Journée mondiale sans fourrure initiée depuis 2007 par des associations comme Fourrure Torture, notre partenaire ce jour-là. Il s'agissait de dire aux gens : n'achetez pas, ne portez pas de fourrure !

L'industrie de la fourrure, labellisée luxe, est l'une des plus cruelles qui soient... Il y a des photos pour le dire, des vidéos aussi...

Pour l'anecdote, je me suis rendue sur le site de la Fédération française des métiers de la fourrure, c'était bien le moins que je pouvais faire, pour savoir ce que l'on en disait... Je n'ai pas été très surprise de lire « au niveau éthique, elle (la Fédération) affirme l'utilité de la fourrure pour l'environnement »... Ça commence fort ! Déjà ce besoin de se justifier, c'est plutôt bon signe, ça veut dire qu'on n'est pas si tranquille que ça...
« Dans le milieu sauvage, il est indispensable de réguler les espèces animales et, ainsi, de faire survivre celles qui disparaîtraient sous l'effet des prédateurs ou, dans le cas des plus prolifiques, des épizooties. Elle (la FFMF, NDLR) précise que seulement 10% des animaux piégés le sont pour la fourrure qui est seule à l'origine du financement des recherches et de l'utilisation de pièges sans cruauté pour 100% des animaux capturés. » C'est bien ce que je pensais, me dis-je, les animaux devraient remercier les fourreurs de leur faciliter la vie... C'est d'une logique implacable. S'il n'y avait pas l'industrie de la fourrure, il n'y aurait que des pièges cruels. Les animaux à fourrure, eux, savent très bien dans quel piège il faut aller, et que le piège dans lequel ils vont se faire prendre n'est pas cruel. Vous ne suivez pas ? Bon, c'est pas grave. Enfin, moi, ce qui m'embête c'est que, par définition, un piège, c'est de toute façon cruel...

« Dans
les élevages, la vie est créée qui doit se passer dans le bien-être avant un sacrifice indolore. Refuser l'élevage serait instaurer le néant là où existent des centaines d'espèces .»
Voilà bien des arguments indiscutables, me suis-je dit. Même si je n'ai pas, je dois l'avouer, tout compris (je serais preneur de quelques éclaircissements si d'aventure quelqu'un avait pu décrypter...) Les neuf dixièmes des quelque cinquante ou soixante millions d'animaux utilisés pour leur fourrure proviennent de l'élevage. Et si seulement 10 % des animaux piégés le sont pour leur fourrure, c'est parce que les pièges ne sont pas sélectifs et peuvent très bien vous attraper n'importe qui...
« Dans le milieu sauvage, il est indispensable de réguler les espèces animales... » Ah bon ? Et là où l'homme n'apparaît pas, les espèces ne se réguleraient pas toutes seules... Enfin, si c'est la FFMF qui le dit...
D'autres le disent, d'ailleurs, aussi. Les chasseurs, par exemple. Eux, ils savent de quoi ils parlent. Ils ont le truc pour réguler... Ils régulent si bien que, depuis qu'ils s'en sont mêlés, le nombre des sangliers en France a explosé. Mais comme ils sont là pour réguler la surpopulation dont ils sont eux-mêmes responsables, la boucle est pour ainsi dire bouclée.
« ...et, ainsi, de faire survivre celles qui disparaîtraient sous l'effet des prédateurs ou, dans le cas des plus prolifiques, des épizooties... » J'avoue que le sens profond de la phrase m'échappe. Que signifie « faire survivre » ? Est-ce différent de « laisser vivre » ? Sans doute... Ce que je retiens, ce que, de toute évidence, nous devons retenir, c'est que, sans la main de l'Homme, seul maître après Dieu, et encore, le monde est FOUTU ! Heureusement que la FFMF est là pour nous le rappeler.
« Dans les élevages, la vie est créée qui doit se passer dans le bien-être avant un sacrifice indolore. Refuser l'élevage serait instaurer le néant là où existent des centaines d'espèces. » Là, on est carrément dans la métaphysique. On parle de « créer » la vie, d' « instaurer le néant ». Néant, on aura ta peau !
Mais la question que l'on devrait se poser c'est : pourquoi, alors que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes de la fourrure, les élevages sont-ils à ce point occultés ? En effet, sur le site, pas la moindre photo d'animaux vivants. Pour le reste, bien entendu, c'est tant qu'on veut... On invoque les grands couturiers, Galliano & Co, avec des clichés de belles qui se prennent pour des bêtes... de luxe, cela va de soi.
C'est vrai que la fourrure, c'est chaud, c'est beau... Pourquoi faut-il toujours envier ce que les autres possèdent et le leur voler ? Aujourd'hui, la fourrure n'est plus indispensable pour se prémunir du froid. Refusons cette "mode" délétère ! Les GRANDS couturiers savent très bien tirer parti de la fourrure synthétique. La vraie éthique, elle est là ; et pas dans le verbiage incompréhensible et pompeux de la FFMF.
  Mais bon, allez expliquer tout ça lorsque vous êtes dans la rue, aux abords de la place de Jaude, un samedi après-midi à Clermont-Ferrand, capitale de l'Auvergne profonde où les chasseurs ont la vie dure et où, le 19 janvier, alors que certains, dont je suis, iront se geler les pattounes près de ces salopards de producteurs d'animaux de laboratoire, à Gannat, d'autres se réchaufferont l'âme et le cœur en regardant griller le cochon saint et martyr de Besse, en grignotant force saucisses et saucissons sur la place où, il n'y a pas si longtemps, le bon peuple assistait au sacrifice (aujourd'hui, la bête est exécutée en coulisses) !
Manif fourrure janvier 2013 060
                                 Le "stand" de La Griffe, dans le froid d'un samedi de janvier, place de Jaude.
 
Revenons à la fourrure (dont, je le précise au passage, les cochons sont totalement dépourvus, mais c'est pas pour ça qu'on ne les embête pas). Faut y mettre du cœur. On était bien une dizaine de La Griffe, devant notre stand monté avec les moyens du bord, et les photos et affiches fournies par Fourrure Torture. Plus les amis, qui passaient, s'arrêtaient quelque temps, plus Théo le chien à fourrure qui, avec une infinie patience, a porté nos slogans sur son dos, sans broncher, avec même une impassibilité qui forçait le respect. Finalement, c'est peut-être lui qui aura fait le plus pour la cause...
Manif-fourrure-janvier-2013-057.JPG
 
Une petite fille est venue nous tendre ce qu'elle avait pris dans sa tirelire : 1,30 euros très exactement. Le prix de l'espoir, le prix de l'empathie... C'est pas très cher. On se demande pourquoi il n'y en a pas un peu plus dans les rues de nos villes.
Une jeune femme de la boutique Lush, vous savez les cosmétiques faits au blender avec des légumes et des fruits, même qu'on en mangerait tellement ça sent bon, est venue nous rendre visite, a emporté des tracts. Lush, une enseigne qui, pour le coup, fait de son éthique un argument de vente. Garanti sans exploitation ni expérimentation animale (c'est dans le Centre Jaude, allez-y !).
On n'a pas vu passer beaucoup de visons ni de renards morts, mais peut-être qu'ils nous ont évités, allez savoir !...
 
                                                                                                           Josée Barnérias
 
 
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